Les descendants du grand arbre ont pris racines

Le 23 août 2010 l’immense arbre est tombé. Seule la souche était restée et avait produit sur son côté sain un gros tas de boutures. Les experts de la fondation Arbres du Monde en avaient choisi une afin qu’elle grandisse et donne une deuxième vie au châtaignier d’Anne Frank. Elle avait été fixée à une grosse baguette en bambou dans l’espoir que le gigantesque réseau de racines de l’ancien arbre pourrait la nourrir. Quelques experts en arbres leur supposent en effet une vie éternelle, et nous aimerions qu’ils aient raison. Mais cet espoir fut déçu. L’arbre, porteur de tant de significations, n’a pas pu résister dans sa bouture latérale à la moisissure mortelle.

Toutefois ceci n’est pas la fin de son histoire.

Le grand arbre transmet maintenant à travers des plantes issus de semis son message d’espoir, de tolérance et le respect de la vie dans sa diversité. De ses châtaignes que nous avions ramassées chaque automne sont entre temps sorties des boutures qui commencent leur vie dans le monde en tant que petits arbres à différents endroits du globe. Plantés au cours d’une cérémonie solennelle, ils grandiront comme monument de la mémoire et comme appel pour un monde où le racisme et l’oppression ne seront plus pratiqués ni acceptés.

Dans beaucoup de pays, aux Pays-Bas, en France, en Allemagne, aux Etats-Unis, en Amérique du Sud et, pour ne pas l’oublier, sur la petite île méditerranéenne, la Corse, où les Juifs ont été protégés par l’hospitalité sacrée : pas un seul n’a été dénoncé – partout les descendants du grand arbre ont pris racines, sur des places publiques, des cours d’écoles, à proximité de musées et dans d’autres lieux publics importants. Entre temps la Fondation Arbres du Monde a pris en charge la mission de mémoire. C’est elle qui aide à la plantation et surveille l’entretien des jeunes arbres pour qu’ils grandissent comme arbres du monde, jamais menacés par une scie et une hache. En tant que symboles d’une humanité inviolée.